Une brève histoire du Petit Chicago...

Le Petit Chicago est à la fois le vestige d'un long passé évocateur pour l'ancienne ville de Hull et désormais un élément important qui a son impact dans le développement social et culturel de la ville de Gatineau et de son centre-ville, le Vieux-Hull.

Depuis la fin du 18e siècle, Hull a connu une série d’importantes périodes de développement, d'abord économiques et sociales puis, culturelles. Au début du 19e siècle, un nombre limité d’entrepreneurs américains tel que Philemon Wright vint s'y établir pour participer au commerce du bois. Au fil des générations, sa petite population de 420 habitants (en 1861) explosa ; les innovations technologiques dans le domaine des pâtes et papiers ayant grandement contribué à ce boom économique.

Par la suite, l’industrie très profitable des allumettes développée par Ezra Butler Eddy (E.B. Eddy) a causé une succession de grands feux à Hull. À son 100e anniversaire de fondation, soit en 1900, Hull tomba victime de ce qu’on se souviendra comme étant le « Grand Feu ». Au total, trois autres feux tout aussi importants ravageront le paysage urbain pendant les 20 années qui se succèderont.

Alors que Hull additionnait ses feux et que ses habitants travaillaient d’arrache-pied à rebâtir leur belle ville, la Première Guerre mondiale se terminait. Chez nos voisins du sud, les mouvements de Tempérance croissaient en importance. Ceux-ci étaient principalement soutenus par les pasteurs désireux de ne pas voir l’heureuse période de l’après-guerre être ravagée par les excès et les abus. Le 28e Président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, en poste de 1913 à 1921, était également du nombre de porte-étendards du mouvement. Le 28 octobre 1920, la Loi Volstead interdit officiellement la vente d’alcool dans les bars. L’opposition était féroce au sein du public qui voyait ceci comme un empêchement à leurs libertés personnelles. Alors que la grogne se faisait sentir, les plus entreprenants développèrent le commerce parallèle du trafic d'alcool. Les risques étaient considérables et l’appât du gain d’autant plus…

Al Capone y a vu l’occasion d’accroître ses activités illicites et c’est au Canada que l’on faisait transiger les cargaisons d’alcool avec une certaine tranquillité d’esprit. Bien que la Prohibition ait fait partie du décor canadien, le Québec aura appliqué la Prohibition pendant seulement quelques semaines. La gronde des French Canadians aura eu raison de cette mesure ultra conservatrice. Ainsi, pendant que chez nos voisins du sud on prêchait l’abstinence et la réserve en public pour alors se retrouver l’heure venue dans les milliers de speakeasy, l’heure était à la fête au Québec et c’est à Hull que la chose se sera le plus matérialisée : on y installa maisons de jeux, bars, chambres pour pensionnaires et bancs publics pour clochards. Comme Al Capone était originaire de Chicago et le fait de sa présence durant ce boom, les gens se sont mis à affectueusement nommer l’endroit Le Petit Chicago, ou Little Chicago. Al Capone, ses acolytes, bandits de tout horizon, femmes libérées et musiciens y affluaient par milliers.

Les plus grands noms du jazz et de la musique performeront à Hull durant cette période prospère de l’Entre Deux Guerres (1919-1939) : parmi les plus célèbres, on retrouve Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, sans oublier notre talent québécois, La Bolduc.

Le Petit Chicago a longtemps été associé aux meilleurs musiciens, la fête et les longues soirées mémorables.

C’est à la fois l'histoire feutrée du passé et la mission actuelle que nous partageons fièrement depuis 2004 avec toutes et tous.

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